mardi 10 avril 2012

La déchéance




DING DONG. La minute PhilodeSophie a sonnée.
Ordre du jour : La déchéance.
Prenez votre calepin et notez. Il en va de la pérennité de l’espèce (Ou de leur santé mentale quoi, c’est pareil). Pour que les « prisonniers » suivants sachent à quelle sauce ils vont être bouffés. Elle a un goût bien amer, la garce. Prévoyez une pastille Rennie et quelques boites de Zantac pour avaler la pilule.
Tout à commencé, il y a peu, dans ma salle de bain. Après une bonne douche bien chaude et  quelques ablutions, je me séchai avec vigueur et sautai dans un jeans.
Non je recommence.
Tout à commencé, il y a peu, dans ma salle de bain. Après une bonne douche bien chaude et quelques ablutions, je me séchai avec vigueur et saut..CRAQUAI mon jeans.
Quoi ?
Mais qu’est-ce que c’est ?
Je checkai la taille.  C’est bien un 27-30, pas celui de ma fille.
Pas possible !!!! C’est un cauchemar ! Je dû m’assoir pour retirer le traitre, je voulais le brûler vif, j’y arrivais pas, manquais d’air, contorsion oblige, je dégoulinais de rage et de dégoût.
Ce jeans était devenu ma pire phobie, une véritable sangsue !
Lorsque j’eu, enfin, le dessus sur la maudite bête, je la regardai, droit dans les yeux, lui balançai quelques injures et l’abandonnai là, lamentablement, à son triste sort. Celui de ne plus pouvoir caresser mes fesses. (Et pan dans la gueule !)
La bête allait hanter mes nuits, fallait que je m’en débarrasse au plus vite. La guerre fut de courte durée. Je l’éliminai sur le champ. Net et sans bavure. Fourré dans un sac fermé à double nœuds. Qu’elle suffoque, la pauvre loque !
Après avoir écarté l’intrus et remis toute la faute sur le séchoir à linge, j’oubliai l’altercation et vaquai à mes occupations.

Aujourd’hui, avec un peu de recul, je dois admettre, la mort dans l’âme, que cette scène était bien, le début de la fin. Elle annonçait La déchéance, LA chute. Priez pour moi.
En réalité, je suis passée de l’autre côté de la barrière. D’amont, j’ai dévalé, tout schuss, dans le ravin. De chair fraîche, je me suis métamorphosée, l’espace d’un instant, en un fossile vivant. Et pour de bon.
Pas question de faire marche arrière ici-bas, la vie ne le permet pas. Non, non… faut avancer, toujours tout droit, pas moyen de se tromper. Direction : le caisson ! Tu parles d’une tranche de rigolade.
Bon je vais essayer d’être plus claire, je sens bien que je ne vais pas droit au but (c’est la faute au caisson qui me regarde-là !). Et puis, ça fait tellement mal qu’il m’est encore assez difficile d’en parler. Simplement par altruisme, je me dois d’y arriver pour que la chute des suivants soit plus douce. Vlà que je me prends pour un amortisseur maintenant!
Avant de vous mettre à pleurer, il faut savoir que le « momentum » varie, selon les cas, et, en fonction de l’espèce, de la race et de la génétique (Sans oublier le bol évidemment d’être né, physiquement acceptable). Ce qui m’amène à dire aux « vraiment très vilains », qu’ils ont une chance de pendu, ils ne connaitront, jamais, LA dite chute. Ce qui m’amène directement à la pensée suivante : Les moches, oh les pauvres moches, ils naissent « moches », ce qui est déjà pénible en soi et, pour les féliciter d’avoir tenu le coup, à 40 ballets, ils deviennent encore un peu plus moches. Double fist fucking.
Bref ! Je ne peux pas m’occuper de tout le monde. J’échantillonnerai donc sur une certaine majorité toute relative, à savoir, les physiques acceptables.
Je disais donc que la quarantaine est une bonne moyenne pour connaître ce « passage à vide ». Sauf qu’il ne se remplit plus jamais le con ! Exit le passage, il s’agit, bel et bien, d’un trou d’où personne ne revient jamais. Inévitable avec ça. (Genre : Hop hop hop, on roule tranquille et puis un cratère, là en plein milieu de la route, pourtant toute droite. On pourrait le contourner, ou construire un petit pont ou que sais-je mais non, on doit foncer en plein dans le mil, se le prendre de plein fouet dans la tronche (et dans le cul et dans le ventre et dans les bras et PARTOUT!).
Foutue déchéance physique! Une ignominie. D’une impudeur accablante. Vulgaire, un blasphème. Et je vous jure que, pas plus tard qu’hier, je me croyais encore jeune et fringante.
Je faisais ma petite gym quotidienne et tout était encore sous contrôle. C’était précaire, certes. Mais pas insalubre. Une illusion d’optique. Un château de carte. Un vice caché.
La confirmation de mon passage est arrivée très vite après la trahison de l’autre sangsue-là. Il a suffi que  ma fille me demande, le weekend suivant, de la prendre en photo et l’affaire était pliée.
Lorsque j’ai armé, tout sourire, appareil et spots, tout allait pour le mieux. J’ai ensuite enclenché le bouton « on » du projo et là, merde, le couperet. Plein feu sur moi, en jeune. Sur elle quoi.
Et ça ne s’arrête pas là, on continue à dévaler. En plus de devenir vieux et moche, on devient mesquin.
Merde, c’est ma fille quand même, j’en suis fière, elle est si belle. Oui, mais moi alors ? Ben je suis laide, et flasque et molle et blanche et ridée. Alors ça se bouscule, inévitablement parce qu’il y a l’angelot-là qui me dit : regarde comme sa jeunesse la rend resplendissante et le diable qui ricane dans l’autre lobe : « T’es qu’une vieille peau, t’es finie. Ton tour est passé, va te pendre»
Plein spots sur sa beauté et, en filigrane, full light sur moi, fanée. Bonne à jeter aux ordures. C’est du Zola, je vous avais prévenu !
Et,  quand je pense, que lorsqu’on  nait, tous les autres condamnés là, sourient et vous souhaitent la bienvenue. Des drogués !
BREF ! J’en étais où ?
Ah oui, la séance photo.
Aidée d’une petite clope et d’un grand verre de vin, je soupirai et discutai avec ma fille, si jolie. Elle, elle n’a rien vu passer évidemment mais, un jour, elle comprendra.
Aujourd’hui, c’est à elle de jouer. A moi de me reposer, j’en ai bien profité.
Après tout, ce n’est qu’une petite mort. Rien de plus, et, en même temps, une de plus. Une qui prépare à clouer la grande du bout !
C’est chouette, hein, la vie ?
40 ans et, physiquement, endeuillée.
A moi, la divine spiritualité.
Et ?
Ben ça va déménager !