lundi 23 avril 2012

La connerie du jour





La connerie du jour
L’adoption d’un chiot.
Les plus psys d’entre vous auront vite compris qu’il s’agit là d’un geste désespéré. Un transfert direct de cette envie innée qu’ont les femmes de posséder un dernier nourrisson avant la ménopause.
Ma bêtise étant, fort heureusement, limitée, je me savais incapable d’encore élever un mioche qui braille et qui confond le jour avec la nuit. Qui se tord de colique du matin au soir, qui bave, régurgite en jet, qui pète et qui rote. Mais quand même, fallait que je pouponne un truc tout doux. Et tant qu’à faire, autant le choisir très beau et trop grand, bien mâle et dominant. D’une pierre deux coups, un mec et un bébé ! Belle affaire.
Sauf que je ne savais pas qu’en vieillissant, mon seuil de tolérance s’était fait la malle. A ma plus grande surprise, je suis devenue la maitresse la plus autoritaire qui soit. Et dire qu’il n’y a pas si longtemps encore, j’étais incapable de donner ne fût-ce qu’une légère fessée à mes enfants. Me voilà, aujourd’hui, capable d’empoigner fermement  l’intrus pour lui mettre son nez dedans et crier « Qu’est-ce que c’est que ça ? NON, on ne peut pas ! » Il me regarde alors avec cet air entre deux airs et me pisse délibérément  sur le pied. Bon, c’est vrai qu’il est encore petit, passons !
A la deuxième paire de godasses niquée, je fonçai dans la première librairie spécialisée pour acheter tous les manuels d’éducation.
Deux soirées entières à m’instruire sur le modus operandi. J’avais tout faux, rien ne sert de crier paraît-il. On est, comme pour les enfants, bien ancré dans l’air psy de la « positive attitude » plutôt que la bonne raclée qui recadre. Me voilà moins conne qu’avant, je partis donc acheter des croquettes de récompense qui empestent, dorénavant, mon « chez moi », ma voiture et mon sac à mains.
Oui mais voilà qu’avec lui, ça ne fonctionne pas, il repisse sur mes chaussures à la moindre occasion et juste après avoir « gobé » les deux nonos bonus évidemment. Il a bien compris qu’il devait simplement décaler sa mixtion de quelques secondes. C’est qu’il est malin, mon fidèle compagnon.
Et pour ce qui est du pipi sur chaussures, je pense, très sérieusement, à me trimbaler deux sacs plastiques noués autour des pieds, faut que j’assume !
Ses 4 mois viennent de sonner, me voilà maintenant chez le vétérinaire pour les rappels de vaccin. Il m’annonce qu’il n’y a qu’une couille de descendue et qu’il faudra, sans doute, aller chercher le testicule manquant sous peine d’une complication. Tu parles d’une virilité !
« Saviez-vous que cette race de chien est extrêmement  difficile à élever, pour ne pas dire impossible ? » me balance le véto tandis que le « monocouille » se répandait dans son cabinet.
J’ai eu envie de pleurer et de me jeter dans le premier canal venu. Sauf que je n’ai aucun canal dans les environs. Stop au délire. Le docteur me donna alors quelques instructions supplémentaires, en insistant bien trop sur l’importance d’un bon vermifuge. Plus envie de mourir mais bien de vomir !
Dernier conseil pour la route, juste pour m’achever : « Allez au dressage, sous peine de ne jamais y arriver. Avec ce genre de chien, c’est la seule solution et encore, c’est pas gagné ! » Rajouta-t-il, souriant.
Je déteste ce type, il m’est totalement antipathique.
Soit, c’est pas le sujet.
Comme toutes les décisions que je prends, je me dois de l’assumer, je reparti donc, motivée à aimer ce toutou tout doux.  Et même,  d’aller le promener deux heures par jour, au parc.
Je suis une citoyenne éduquée, je lui fais donc faire ses besoins à l’abri des trottoirs et autres sentiers battus.
Première ballade, Tic tic tic sur l’épaule.
« Madame vous allez quand même ramasser les déjections de votre chien ? Me demanda une charmante CONNASSE »
« Bien sûr, madame, j’allais le faire » lui répondis-je poliment.
Des couilles ! J’avais rien prévu du tout. Juste un vieux petit lambeau de mouchoir en papier qui trainait dans ma poche.
Je vous laisse imaginer la scène : une bouse de vache et un micro monocouche !
Une odeur de merde sur les mains et 40 minutes à attendre pour atteindre le premier robinet. Un vrai poème cette nouvelle histoire d’amour, n’est-ce pas ?
Samedi, premier cours de dressage. J’ai dû me lever à 7H30. J’ai justement pas pris un vrai bébé d’humain pour ne pas devoir me lever et ce con m’oblige à le faire. Je regarde dehors, soleil (Ouf), je m’habille en conséquence, descends, ouvre la porte où le fauve est sensé dormir et là, catastrophe, j’avais oublié de cacher les croquettes de récompense, il venait de s’enfiler 2 kilos de friandise. On m’avait bien prévenu au dressage que le chien ne pouvait pas manger ces matins là pour être bien affamés et obéissants. Ça commençait fort !
Arrivés sur place, je me rendis compte de mon énorme ignorance, ils étaient tous en combi de pêche avec bottes intégrées et moi, à la masse complète avec mon petit pantalon estivale. Tous les chiens affamés, répondaient au doigt et à l’œil et, le mien, le ventre bien tendu, était vautré dans la gadoue, il dormait ! Alléluia.
Une pluie torrentielle s’abattit alors sur nous. On aurait dit que je participais à un concours de Miss t-shirt mouillé. Ce premier cours était une catastrophe, le mot est faible. Le « coach » passa derrière moi, et, avec beaucoup de délicatesse, hurla devant toute l’assemblée qu’il était préférable de ne plus prendre mon sac à main en peau de vachette. Ben oui, j’allais pas le déposer dans cette mare aux canards quand même. J’étais ridicule. La bourgeoise dans toute son horreur. Si au moins, je trimballais un Pinscher nain. Mais non, la bourge a vu plus grand. Bien trop grand en fait. Je me mis à rire de ma connerie. Je ne savais plus m’arrêter. Le coach en avait les larmes aux yeux. Le rire est tellement communicatif, qu’il se répandit comme une trainée de poudre. Et maintenant, une cinquantaine de personnes se foutaient de ma gueule. Moi, la première !
C’est à ce moment-là que le déclic se fit, je balançai mon sac dans la boue (j’avais oublié de le fermer pour avoir accès à la demi croquette qui me restait), remontai mes chaussettes au-dessus de mon pantalon et décidai d’être à la hauteur de mon nouvel ami que j’aime déjà tant.