vendredi 21 octobre 2011

[Petite mort entre amants]




[Cachez-moi cette perfection que je ne saurais plus voir] pourrait faire le titre de ce petit billet de mauvaise foi.
Rien ne me prédisposait  pourtant, à l’écrire, cette note, si je n’avais pas été confrontée, pas plus tard qu’hier soir, à une scène abominable (de type Gore-interdit au moins de 99 ans). Séquelles assurées !
Allongée dans le lit de mon amant et, fatalement, frissonnante d’envies (je crois même que j’ondulais déjà dans ses draps (terriblement trop bien repassés aussi). Je le rêvais. L’attendais avec fougue. Mon désir était  à son comble, quand, tout à coup, je le vis, poser son pull du jour à même le lit. Je crois même, sans trop exagérer, qu’il était exaspéré d’avoir mon corps en travers de celui-ci. Evidemment ! La place lui manquait  pour étendre ces longs bras de laine. Au lieu de caresser les miens, il passait et repassait sa main pour lisser cette maille de mouton de panurge. Ce putain de pull vivait les préliminaires qui m’étaient, initialement, destinés, sous mon regard ulcéré.
Eberluée par ses gestes lents, je ressenti au creux de mes entrailles, une envie subite de lui planter un couteau de cuisine en plein cœur. En même temps, mon corps réclamait son dû. J’étais tiraillée entre désir de vengeance et jouissance. Insoutenable dilemme, je me mis alors à me caresser. On n’est jamais si bien servi que par soi-même. Cela me permettait surtout de pouvoir fermer les yeux sur cette abjecte scène du « pliage de pull ».
Tel un asticot d’eau douce, je continuais (de moins en moins naturellement) à gesticuler, perdue au milieu de ce trop grand lit, trop bien fait. Avec, comme seul compagnon, ce pull échoué, tel un cadavre rejeté par les flots.
L’amant, nu comme un vers (il sortait de son bain) se dandinait de contentement. Mais pas pour les mêmes raisons. Il était, visiblement, fier de son origami de bouloche !
L’image qui, alors m’apparut, sonna le glas de mon tour de chauffe. Il venait de perdre la pole position.
Je le vis prendre en main, plus délicatement qu’un nouveau-né encore, ce petit pull de merde, et toute queue tendue (en plus !!) dehors, marcher vers son dressing. Il était de dos, mais sa bite avait l’air d’apprécier la balade. Je la voyais me narguer, brinquebalante, une fois à gauche, une fois à droite. Le nouveau-né ne gueulait pas pourtant.
Je pense même que le pull était un allié, il avait compris mon désarroi mais, l’autre manche là, quedal, il continuait à promener son bébé, et sa béquille jusqu’à l’armoire. Il l’ouvrit, déposa la boule de poils sur une des planches ou 20 clones l’attendaient. Tous aussi pimpants et bien pliés. Il le mit en haut de la pile et en guise de bonne nuit, le caressa une dernière fois.
Et moi, j’étais là, comme un plum pudding, la main enfouie, le corps mort, à regarder ce maniaque donner plus de soin à ses vêtements qu’à sa petite femme.
Wilde disait : « Il faudrait toujours être légèrement improbable ». Compte sur moi Oscar ! Je ne vais pas te décevoir.
-Dis, tu ne viendrais pas me baiser plutôt que de faire le ménage ? ». Lui balançais-je à brûle- pourpoint. Oscar doit se marrer là-haut. Parce qu’il a vu, lui, ma tenue de madame du grand monde (oui, faut bien faire quelques efforts pour appâter ce genre d'homme. Oui sauf que la madame, quand elle est frustrée, devient plus vulgaire qu’une camionneuse lesbienne en manque de bière, à qui un homme vient de foutre la main au cul).
« Oui mon cœur, j’arrive » Me répondit-il.
Là, il venait de me tuer. « Oui mon cœur,… » Mais ça va pas non ?
Oui ma pute. Oui ma truie. Oui ma cochonne. Mais pas… Oui, mon cœur.
Mon cœur ne se donnera jamais à un plieur de pull de compétition. Je déteste les hommes maniaques. J’aime les hommes qui lancent leurs fringues partout avant de faire l’amour. Ceux qui pissent sur la lunette des chiottes, ceux qui oublient de se laver les dents avant de dormir. Ceux-là même qui ont deux jours de retard sur leur vaisselle parce qu’il y avait du foot à la télé. Ceux qui ont  bu un verre de trop. Qui goutent la cigarette. Messieurs, arrêtez de vous décaper au déthol. Laissez le mâle en vous respirer. C’est quoi ces sexes épilés aussi? Stop au massacre de vos forêts. Soyez eco-citoyens, merde ! Nous ne sommes pas lesbiennes, les gars. On veut des hommes, des vrais. Des montagnards, des fermiers. Qui sentent le bouc en rut.
Je m’égare. Revenons à mon mouton là.
Il est enfin dans le lit. Je vous passe, le brossage des dents, le « sens bon » pour les cheveux, le déo sous le bras, le peigne dans les cheveux, le pipi du soir, les chaussettes et la chemise usagés, sans oublier le calebard (avec trace de freinage, faut pas m’la faire non plus. Il peut vouloir tout contrôler à l’extérieur, son corps fait ce qu’il veut à l’intérieur et c’est bien fait pour sa gueule) dans le panier à linge. Je me marre. Le pantalon sur un cintre (et merde, la ceinture qu’il faut enlever aussi et sa menue petite monnaie qui s’éparpille à même le sol ( je ne m’étendrai pas non plus sur cette image-là. L'homme, à poils, à 4 pattes en train de ramasser ces foutues pièces, pathétique). Les chaussures placées, symétriquement, à un endroit convenu au préalable avec la femme de ménage pour cirage quotidien. Et bla et bla et bla.
Allez on y est, je retire ma main. On va pouvoir passer aux choses sérieuses.
Tu parles ! Il a oublié de régler son réveil maintenant. (Il se retourne vers sa table de nuit)
...
...
- Tu crois que je devrais prendre mon somnifère maintenant ou après ? 
- Dis avant ou après mon cœur, tu crois ?
- Mon cœur, mooonn coooeeeuuurr ?
Rhhhhrhhh . Je ronflais.

Morale de cette histoire : Battons la chair tant qu’elle est chaude avant de battre la laine (et l’haleine aussi d’ailleurs)
N’importe quoi ! ;-)