lundi 19 septembre 2011

Coup de foudre artistique: Marina Abramovic



Marina Abramović est une artiste serbe née à Belgrade en 1946 qui étudie et pousse les frontières du potentiel physique et mental à travers ses performances. Faisant partie du courant artistique de l'Art corporel, elle s'est lacérée, flagellée, a congelé son corps sur des blocs de glace, pris des produits psychoactifs et de contrôle musculaire qui lui ont causé des pertes de connaissance.


« Je mange lentement un kilo de miel avec une cuillère en argent
Je bois un litre de vin rouge dans un verre en cristal
Je brise le verre de ma main droite
Avec la lame de rasoir je découpe une étoile à 5 pointes sur mon ventre
Je me fouette violemment jusqu’à ce que la douleur cesse
Je m’allonge sur une croix faite de bloc de glace
Au plafond pend un chauffage électrique dirigé vers mon ventre
Le chauffage chauffe l'étoile et me fait saigner alors que tout le reste de mon corps est gelé »
Insbruck- 1975.
Marina Abramovic


[Rhythm 0], a sans doute été l’une des expériences la plus célèbre de la performeuse : Abramovic offre aux spectateurs une table, sur laquelle est posée 72 objets, qui vont de la hache à la rose en passant par le pistolet chargé à balle réelle. L’artiste leur donne ensuite la consigne suivante : « Faites de moi ce que vous voudrez. » Pendant 6 heures, l’artiste accepte de livrer son corps aux délires et aux désirs du public. Seulement, il semblerait que l’œuvre ait totalement échappé à son auteur ; ce fût l’expérience la plus terrible de la performeuse qui s’exprima en ces termes, a posteriori : « J’ai réellement été violée : ils arrachèrent mes habits, ils enfoncèrent des épines de roses dans mon estomac, ils coupèrent ma gorge, ils burent mon sang, une personne a braqué le pistolet sur ma tête puis une autre s’en est emparée. C’était une situation très intense et très agressive. Après 6 heures, à 2 heures du matin, j’ai arrêté, puisque c’était ce que j’avais fixé : 6 heures. J’ai commencé à me diriger vers le public et tout le monde est parti en courant, sans jamais se confronter à moi. La leçon que j’ai tiré de cette pièce est que dans nos performances personnelles nous pouvons aller très loin, mais si nous laissons des décisions au public, nous pouvons être tué. » En effet, la performance a bien failli tourner au drame quand un visiteur a pointé le pistolet chargé sur l’artiste, avant que d’autres spectateurs empêchent l’action d’aller plus loin. Toutefois, cette confrontation avec le public n’a pas arrêté Marina Abramovic qui tentera de nouer d’autres contacts avec le public, moins passif et moins violent, quelques années après.
Ces différentes performances mènent le corps d’Abramovic  à un état limite d’intensité, qui n’est pas sans nous évoquer le corps sans organes, et l’exploration des possibilités de corps. Entre douleur et extase, l’artiste s’amuse avec ses limites physiques et mentales afin de découvrir et d’épuiser les sensations qui sont renfermés en elle.


En 1975, l'artiste rencontre Ulay, un artiste qui a partagé et sa vie personnelle et sa vie artistique mouvementée. Pendant les deux décennies de leur vie commune, ils ont vécu et collaboré ensemble, produisant des œuvres et voyageant intensivement. Leurs œuvres ont exploré les rapports de pouvoir et de dépendance dans la relation triangulaire avec le public.

Dans une œuvre de 1977, leurs bouches sont collées l'une à l'autre et des microphones sont attachés avec du ruban adhésif près de leurs gorges. Marina et Ulay ont respiré tour à tour l'air des poumons de l'un l'autre, jusqu'au point où ils n'échangeaient plus que de l'anhydride carbonique, et cela presque jusqu'au point de suffocation. Dans une autre œuvre de 1980, ils ont tendu un arc chargé d'une flèche dirigé sur le cœur de Marina, seul le poids de leurs corps maintenant la tension. Des microphones enregistraient les rapides accélérations de leurs battements de cœur


Du 8 octobre au 4 décembre 2011, le Garage Center for Contemporary Culture (Moscou) proposera une rétrospective du travail de Marina Abramović. Exposition intitulée, Marina Abramovic, "The Artist is Present"