jeudi 29 septembre 2011

Article Déco/Idées


A Knokke,

Esprit « Cabine de Plage »

« Osez Caroline » aurait pu être le nom donné à cette petite maison de pêcheur rénovée, il y a deux ans déjà, par la décalée et talentueuse architecte-ensemblier, Caroline Notté.
Inspirée de ces cabines pourtant typiques des plages du Nord (toits pointus et lignes rouges et blanches), Caroline  s’est façonné, de manière très créative et résolument ludique, un havre de paix, faisant référence à ses tendres souvenirs d’enfance, sublimés par le vent des ans qui passent.
« Dans mon métier, je mets un point d’honneur à écouter et à m’imprégner de la demande précise et des attentes de mes clients. Ici, le challenge était inverse, j’ai pu laisser libre cours à ma créativité spontanée. Résultat ? Exercice de style intéressant, je me suis complètement lâchée» nous confie cette artiste aux multiples facettes.
Curieuse et passionnée, Caroline voue, depuis toujours, un véritable culte à l’objet ou, plus exactement, à l’histoire qu’il renferme, quel qu’il soit. C’est ainsi qu’elle chine et acquiert, patiemment, de véritables petits trésors d’âme. Venus de tous les horizons et souvent de styles bien différents, elle s’amuse à les assembler. A la façon d’un puzzle, ses trouvailles s’emboitent pour former, réunies, de nouveaux tableaux. Elle se joue des codes, jongle avec les couleurs, mélange les matières, les tendances, pour un résultat, au final, surprenant de justesse. Et qui étonne et casse définitivement nos préjugés en matière de décoration.


La façade donne le ton

Pas de doute, nous sommes au Zoute. Mais détrompez-vous ! Pas sur la plage. Cette maison du bonheur, comme aime à l’appeler sa propriétaire, est nichée, à quelques coups de pédales seulement de la place du marché, dans le vieux Knokke, celui que Caroline affectionne tout particulièrement pour son authenticité, fidèle reflet de sa personnalité.
Dès la porte d’entrée franchie, une rafale de couleurs tonifiantes nous impose, naturellement, la seule règle de la maison : la terne rigueur et les fades tracas de la semaine restent à quai ! Tout y est mis en scène pour se déconnecter et se ressourcer le temps d’un weekend entre amis ou de vacances passées en famille.



La ligne rouge, son fil d’Ariane

Véritable trame, ce liseré rouge, que l’on retrouve partout (comme ici dans la principale pièce à vivre qui réunit salle à manger et salon), sur les murs, les stores, les plinthes est, incontestablement, le fil conducteur de l’histoire de cette rénovation. Il fait, bien-sûr, référence, à la couleur du Z, lové dans son cercle rouge, armoirie bien connue du Zoute. « J’ai un neveu qui, petit, ne parvenait pas à prononcer correctement mon prénom, il m’appelait toujours Kayoo et, finalement, c’est passé dans les us et coutumes » nous raconte Caroline. Touchée, elle l’a utilisé afin de rebaptiser sa maison. « Je trouvais l’idée intéressante » et, voilà que l’artiste, dans son éternel bouillonnement créatif, en dessinait le logo, simplement en remplaçant le Z par le K de kayoo. Petit clin d’œil devenu marque de fabrique de ce lieu haut en couleurs. Marie Verbruggen, brodeuse émérite, s’en est d’ailleurs largement inspirée pour en orner tout le linge de la maison, essuies, housses de couettes, serviettes. Même les coussins des canapés du salon et les pantoufles des «  heureux » résidents en sont griffés.
La pièce à vivre est ingénieusement structurée par un mur en brique, peint en noir. Il délimite bien la partie salle à manger du salon. Dans le coin « repas », une table et des chaises « Tulipe » de Saarinen, chinées chez l’antiquaire Benoît de Moffarts. Au mur, une photographie monumentale de l’artiste propriétaire, mise en caisson lumineux,  donne de la profondeur à cette pièce pourtant relativement étroite. Le buffet, très sixties, a été acheté aux enchères chez Pierre Bergé au Sablon. « Il a suffi de le déposer là pour parfaire l’ambiance très éclectique du lieu » conclut Caroline en se tournant vers le salon.
« J’aime particulièrement ce tableau posé au-dessus de la cheminée, c’est le « soleil » de la maison peint par Barbara Van de Velde, une grande amie à moi » nous confie-t-elle, émue. Elle s’arrête alors, lève la tête et pose son regard sur la suspension, « Quand j’ai découvert ce luminaire édité par Vitra, je me suis dit qu’il avait été créé pour moi, à mes couleurs » dit-elle, un grand sourire aux lèvres. « Chaque objet à une histoire, c’est une maison passion » raconte-t-elle, à la seule exception de cette lampe qui, elle, est neuve. Mais ses couleurs étaient, à vrai dire, un appel à l’évidence pour moi… »


Liberté d’expression

Chaque hôte peut, à l’envi, laisser une trace dans la maison. Par petits messages, comme ici, rédigés à même les portes des placards de cuisine. « Au départ, c’était anecdotique étant donné que j’ai toujours eu l’intention de rénover plus en profondeur cette pièce» nous confie-t-elle. Mais au fil du temps, et des weekends passés, Caroline s’est attachée à ces « graffitis d’amis » et n’imagine plus, une seule seconde, se séparer de ces marques d’amitié. En créatrice assumée, nul doute que, comme ce meuble créé par un artisan carrossier, fait de portes de deux chevaux, elle les recyclera assez vite en une idée étonnante. 



De la suite dans les idées

Pour ne pas en perdre le fil (de notre visite), la ligne rouge mène ensuite à l’étage où, deux sérigraphies de Vasarely veillent sur le hall de nuit qui distribue les deux seules chambres de la maison ainsi que son unique salle de bain. La propriétaire des lieux précise, qu’il reste des combles aménageables d’une surface de 30 m². La maison en comptant 180 au total. Au niveau des chambres à coucher, seuls des travaux de peinture ont été apportés. Le radiateur, comme tous les autres de la maison, est peint en rouge et les placards existants, en noir. Les petites poignées de portes du dressing sont lignées façon « Paul Smith » et proviennent de chez Novia Due, Chaussée de Waterloo.





Que ce soit dans la chambre d’amis, ou dans la sienne, Caroline s’amuse à jouer avec ces objets, qu’elle renouvelle, déplace, transforme au gré de ses humeurs. On y trouve, pêle-mêle, un drapeau national, parce qu’elle est terriblement fière d’être belge, nous dit-elle. Un porte manteau acheté chez Scène d’intérieur ou encore ce soleil-miroir chiné dans une brocante, activité dont elle raffole, assurément. Sur les murs, de grandes photos ramenées d’un de ses multiples voyages, ici le désert d’Oman rappelle la présence, non loin de la maison, de nos grandes plages de sable fin.
La salle de bain, quant à elle, regorge elle aussi, d’objets ludiques trouvés au hasard de ses curieuses déambulations urbaines. Le large miroir est starifié par des lampes de type « loges de théâtre»,  trouvées chez « Le Vistemboir », rue de la levure à Bruxelles.



Un petit air d’ailleurs…

A l’abri du vent et des regards, cette maison de vie se prolonge par une cour pavée qui n’est pas sans rappeler ces jolies cours emmurées, typiques de l’île de Ré. Caroline qui aime jardiner, y a planté différentes essences du sud comme la vigne et l’olivier. Elle y cultive également son petit potager. L’aménagement de cet extérieur aurait pu s’arrêter là, mais il lui manquait quelque chose. Ce petit « je ne sais quoi » de surprenant. C’est chose faite avec ces deux œuvres peintes, à même les murs, par l’artiste-peintre, Alvari. « Entre vague et végétal, mon cœur oscille, lorsque je contemple son art » nous raconte Caroline sur le ton de la confidence.



Artiste Archi-complète

En plus de concevoir des maisons, de les aménager et de les décorer, Caroline est passionnée par la photographie qu’elle maitrise remarquablement d’ailleurs. Elle nous confie qu’elle expose prochainement à la galerie Duqué & Pirson (du 4 mars au 2 avril 2011). Son nouveau travail illustre bien ses deux passions,  la photo et l’architecture et  porte le nom de « Wonder World », photographies en mouvement. C’est dans son atelier qu’elle nous dévoile cette information. Cette pièce isolée du reste de la maison et, nichée au fond de la cour, a été rénovée en profondeur. « Débarras à l’origine, je voulais en faire mon atelier de weekend. J’ai donc du percer la façade d’une plus large porte d’entrée (à moitié vitrée), flanquée de deux fenêtres de part et d’autre pour y faire rentrer un maximum de lumière » nous explique-t-elle. Une large ouverture creusée dans le toit vient parfaire la luminosité de cet endroit dédié à la création. Un pan de mur spectaculaire a été entièrement habillé de lattes de sapin de récupération, de couleurs et de largeurs variées. Ces fines planches sont fixées sur des baguettes de bois peintes en orange, nous explique Caroline et, grâce à ce jeu subtil d’espacement entre les lattes, le regard voit, en filigrane, ce sous-lattis coloré. « Cela confère au mur, une chaleur particulière» rajoute-t-elle.  Mais aussi et surtout, j’ai voulu créer, en toute humilité, un hommage à l’un de mes artistes préférés, le célèbre et non moins talentueux, Arne Quinze.
Et voici que le fil rouge nous ramène au point de départ de cette « maison à idées », la porte d’entrée. Ou de sortie.  Comme un coup de vent frais, Caroline Notté a eu le chic de remettre nos idées reçues en place. Chapeau l’artiste !