samedi 27 août 2011

Le mariage



Journée en noir et blanc.
Depuis ce matin, j’hésite. J’oscille. Je tergiverse. Je n’arrive pas à élire mon camp. Je suis en demi-teinte-cernée.
J’aurais dû me douter, dès le premier regard de ma fille posé sur mon allure, que quelque chose en moi n’était pas en phase.
« M’man, tu vas pas sortir comme ça quand même ? On va à un MARIAGE, pas à un enterrement! »
« Je ne voulais pas faire de l’ombre à la mariée, ma chérie »
Bon ok, avec cette tenue, je l’occulte complet, la veuve en blanc. Je vais me changer. Je troque mon suaire noir opaque contre une petite robe légère couleur soleil. Je remonte ma coiffure « Adams family » en chignon léger, l’air fouetté par les vents frais d’un amour naissant sur un bord de plage (soporifique à souhait). De toute façon, comme un flanc, il retombera bien assez vite. Comme tout le reste.
En route mauvaise troupe, il est l’heure de serrer des pinces. Hauts les cœurs !
11H00. Grand-place. Le temps est mitigé. Je décide, en âme et conscience, de me visser d’énormes solaires sur le pif (On n’est pas à l’abri d’une ondée lacrymale passagère). Ma sœur resplendit de mille feux. Son rayonnement est contagieux. Je me rallie à sa cause. Mon cynisme ne concerne que moi finalement. Faut que j’arrête de vouloir le fourguer à toutes les âmes vierges croisées sur mon chemin de croix. Mais, c’était sans compter les mots dénués de sens de l’officier de l’état civil. Le mec, une vraie larve. Il en a plein le fion de réciter son laïus, c’est évident. Son « par cœur » me donne des nausées. Mon scepticisme regagne, très vite, des kilomètres de terrain, mes convictions s’enracinent un peu plus encore : Je vomis le mariage. L’obsession d’enlever, les tourtereaux, des griffes de ce complot me vrille le ventre.
J’ai envie de me lever, de les prendre en aparté, et leur dire :
« Faites pas ça. Ecoutez-moi. Le mariage,  c’est la fin de votre histoire d’amour. Une tragédie. En trois actes : Passion, Tendresse et Ennui. Le cycle fatal de toutes relations amoureuses. Ce n’est pas pour la vie, le mariage. C’est un mensonge organisé, une escroquerie infernale. Vous êtes jeunes, Il faut enrailler cette épidémie, une bonne fois pour toutes. Le bonheur existe, mais il ne se planque pas ici. Pas comme ça. Soyez plus intelligents que nous tous, ici, réunis. Vous le savez en plus. La réponse, vous la vivez tous les jours. On ne désire jamais ce que l’on a. Courez loin d’ici. Ne croyez jamais que la sécurité va vous rendre heureux. On ne vibre qu’à l’insécurité. Ecoutez-moi encore un peu. La Belle au bois dormant et son Prince charmant, c’est de la daube, du lavage de cerveau, sans aucun rapport avec la réalité. Beigbeder disait avec justesse « la femme moderne brandit la libération sexuelle mais s'empresse d'aller se réfugier bien au chaud sous la couette : mec, mariage, appart, plus de libido. Bref, lion sur papier glacé des magazines, mouton en réalité. Casanova en public, Michel blanc à la maison ». Tu parles d’une fête ! Soyez logiques, on nous bassine à longueur de pubs qu’il faudrait changer, toutes les demi-heures, d'ordinateurs, de bagnoles, de déco mais pas de conjoints ? Vous êtes de cette génération du zapping : les industriels savent mesurer vos déceptions et vos obsolescences. En même temps, on vous dit de rester avec la même personne ad vitam." Y a forcément une couille dans le pâté, non ? Il ne faut pas avoir peur d'être seul. Les solitaires sont parfois désespérés mais ils sortent souvent, rencontrent du monde. Globalement, ils sont libres et heureux, même si leur bonheur passe par des phases de doute. En couple, on étouffe, on se flique, on se restreint. L’amour doit faire vibrer. Je dois sûrement vous paraitre une ado attardée. Un écrivain (je ne sais plus lequel) disait que l’adulte était un adolescent inachevé. Je suis d’accord avec lui. L’ado, lui, il vit. A fond. L’adulte se meurt. Et bien je vais vous le dire alors, je suis fière de l'être, si mûrir, c'est regarder la télé à deux, comme des têtes de veaux persillés. Il faut simplement trouver un juste équilibre entre le célibat dépressif et le mariage ennuyeux. Votre combat, il est là. Nul part ailleurs. Allez là où nous n’avons pas eu l’intelligence d’aller.

Il est 11H30, l’ondée lacrymale vient de passer. J’entends au loin, la larve décréter qu’il vous déclare mariés aux yeux de la loi. J’enlève mes lunettes, j’applaudis votre bonheur. Je n’ai pas eu le courage de bousiller votre moment.
Alors, je vous le souhaite différent. Immense. Inventez-le, ce nouvel amour. Peut-être est-ce moi qui ne vois plus clair?
Bonne route mes amours. With all my love.