lundi 11 juillet 2011

La défonce du Clavier

[La défonce du Clavier]

Elle doit frapper. Poings serrés. Plume aiguisée. Verbes acérés. Et, ce sera lui, le clavier qui va payer. Il va crever. Sans fil, ses jours sont déjà comptés de toute façon. Elle va les achever. Abréger leurs souffrances. Défoncer les petites touches à en avoir mal aux doigts. Abuser de ses lettres à lui, pour vider ses pensées à elle. Et savoir qu’il succombera sous ses faux pas, ne la dérange pas.
Il est maso, elle est sadique. Il faut qu’elle tue pour avancer. Qu’elle se tue à l’user. Pour exister.
Combien de pages lui a-t-elle déjà fait avaler? Des centaines ? Des milliers ? Des centaines de milliers de mots, de mensonges. Il gobe tout. Comme les autres. Elle est née menteuse. Ne sait faire que ça.
Etre ce que l’on attend. Devenir ce que ces « on » désire. Réussir là, où ces (c)ons échouent. Fille de « on », femme de con.
« Regarde-moi bien en face. Tête haute! Tu vois ma bave de rage, connard ? Tu la vois ? Elle te dégoute ? « On » s’y habitue, crois-moi. Je la bois depuis le placenta. Elle est acide. Et me rend amère de l’intérieur depuis que je suis à l’extérieur. Dedans, il ne reste rien. Ou si peu. Un cœur en lambeau. Des poumons enfumés. Une trachée niquée. Un cul défoncé. Un ventre vide. Une gueule ridée. Comme seuls fluides, du sang et des larmes. Dilués. Des yeux délavés aussi »
Le vernis a fini par claquer. Etouffée par trop de couches. Petites couches par trop de retouches, y a plus une seule cellule souche. Ne Restent que des craquelures. Des griffures. Des Brisures. Et pas de colle pour ce genre de débris. Fini le rapiècement. Le patchwork, c’est pour les mélancoliques. Elle est colérique. Rien à voir. Fatiguée de masquer ses coutures de grandes brûlées. Elle est un monstre. Par accident. Poupée de cire, puis de chiffon, elle s’est décousue au fil des cons. Ne reste plus qu’un plastron pour protéger ce qui lui tient à cœur. Brisé.
« Aiguisez vos fleurets mes chers « on », ça va gicler. Faites diversion et inspirez fort, pendant que j’expie votre venin »
Son cœur pompe. Son corps mord. Il a trop morflé. Il est ouvert, sans plus de fond. Décharné, sans plus de force. L’autopsie peut commencer. Légiste d’adoption, elle se débarrasse de sa chair devenue encombrante pour exhiber, impudiquement, l’intérieur de ses entrailles. Quelle pourriture ! Elle dégoute ses propres yeux.
« Infirmière : « Scalpel »
Au poker, on se couche. Et son jeu est, exécrable. Maitresse du bluff, elle est épuisée. Au tapis de regarder le monde à travers ses lunettes noires. Seule vitrine, derrière laquelle, elle peut encore cacher ses yeux gris-cendre. Révulsée, de ces verres miroirs, qui lui renvoient le mirage de son regard, jadis volontaire et bleu si clair.
Image parfaite, elle en a la nausée. Le vertige du néant. Avec elle, elle s’est sculpté un monde, un corps, une vie. Et s’y est brûlée. Ses incandescentes cendres vous font croire qu’elle brûle encore de la même sève que vous, n’est –ce pas ? Ce ne sont que des braises. Vouées à une mort annoncée.
Cette agonie littéraire vient mettre un point final à sa fulminante petite vie d’illusionniste. Toutes ces années, elle s’est effeuillée avec cette vile assurance d’être insatiable d’envies et d’énergies. Que de Mensonges !
La vérité se trouve, ici. Avec ses dernières traces laissées. Comme un testament. Sans «avoir» évidemment. Pas de dette non plus, elle ne doit rien à personne.
Ses mots dégueulés les uns à côté des autres, sont, son seul legs pour vous. Vous, qu’elle a mangé sans jamais vous digérer.
La vérité ne sortira plus d’un chapeau haute-forme mais bien de son âme qu’elle s’apprête à disséquer. Avec toute la méticulosité d’un chirurgien sadique.
Son corps devenu aride pleure la sécheresse de ses yeux. L’encéphalogramme de son désir d’excellence doit se taire. C’est obligé.
Ses forces la lâchent. Piocher dans ses maigres réserves, voilà ce qu’elle va faire. Tarir cette putain de source. Vide d’énergie, il ne peut plus y avoir de vie. Elle est une NO Life déjà. Et c’est encore trop.
Son ordinateur pue la clope et peine à s’aérer. Son appartement se laisse aller. Sa voiture est un cendrier. Seuls, quelques maigres passions refont surface. Artiste peintre, écrivain, photographe? Peu importe tant que cette infâme moisissure s’en aille. C’est la gangrène.
La salope de Perfection voulait qu’elle devienne un être à part. Que la reconnaissance dégouline de chacun de ses pores. Qu’elle soit posthume ou pas, elle n’en a cure. La mort, c’est un état qu’elle ne côtoie pas.
Nietzsche ne disait-il pas « les grands hommes naissent posthumes»? Possible oui. Ces hommes-là avaient décidé de sacrifier leur vie à leur génie. Et, elle, n’est pas géniale!
La pute et son amant, le Contrôle. Un duo sorti tout droit de l’enfer. Des assassins. Des serials killers. Ensemble, ils sont une ombre. Jamais ils ne lâchent prise, ni leur proie d’ailleurs. Omniprésents, ils planent. Comme les vautours sur la mort. Seul, le noir absolu les fait fuir.
Alors, elle éteint la lumière, de cette vie-ci. Pour, les plonger dans l’obscurité de la suivante. Leurs ombres s’évanouissent enfin. Faire dérailler leur mécanisme d’horloger est sa dernière obsession. Ce sera, son seul triomphe. Sa seule victoire. De ON, elle passe sur OFF. Et BOUM ! Elle fait tout péter !
Le tic-tac ronronnant du «TOUT VA BIEN» s’est enfin arrêté. La violente déflagration à tout dévasté. Les ennemis sont morts. Soufflés. L’écran est noir, le jeu peut s’arrêter. GAME OVER.
Mais, elle, respire encore.
Un nuage de poussière a bien posé ses lourdes valises. Dans un silence absolu. Comme une chape de plomb, il bouche, les seules artères d’oxygène capables de la réanimer. Les ponts qui relient, son âme à sa carcasse, s’effondrent un à un. Un raz de marée emporte tout sur son passage. Elle est, comme un pompier enseveli sous des décombres de béton. Le silence est trop lourd, la poussière trop grise et l’air trop rare. Comme lui, elle ferme ses paupières. La vie, la sienne, peut commencer à défiler.
Mais son cœur, il bat. Encore. Plus fort aussi. Elle a tiré dans le tas pourtant. A l’aveugle. Une lutte sanglante. Sans merci. Peur de rien.
Mais, elle est toujours là. Une violence nouvelle au creux des reins.
Le jeu ne s’est pas arrêté. Elle est passée au deuxième niveau. Elle a remporté la première partie sur terre. La voilà, maintenant, la rage au ventre, en enfer.
Elle a grimpé les échelons et changé de monde. PROGRAMMEE POUR TUER. Nouvel avatar aussi. Fini le bon petit soldat. Elle devient Amazone, furieuse et cuirassée. Pétrie de désirs. De désirs tout court. De vengeance aussi. Ornée de chaînes et froide comme le fer, sa nudité est, sa seule armure.
Si la douceur blesse, que la violence soit faite. Sur la terre comme en enfer.
Amen.