dimanche 29 octobre 2017

Zone d'ombre

Insaisissable, je suis.
Il paraît.
Ça m’ennuie,
Sans doute devrais-je forcir le trait
Enfoncer la pointe,
Jusqu’à complète déchirure
Dessiner des contours,
Etre moins floue.
Je me vois UNE pourtant,
Eux me voient double.
C’est chiant.
Comment on fait pour se rapiécer ?
Ne faire plus qu’un,
La silhouette et l’ombre,
Sans plus de proie,
Comme un seul être porté.
Je avec moi,
Pour t'apaiser.

J’sais pas. 

jeudi 19 octobre 2017

#Balancetonporc



NON pas moi!
Ça fait deux semaines que ça dure et là je fulmine.
Franchement les filles, c’est la honte.
Je ne vous suis pas, je ne suis pas d’accord. Je suis outrée, révoltée.
Arrêtons deux minutes de jouer les saintes nitouches, la bouche en cul de poule, les lèvres bordées de sperme.
Comment osons-nous ? Quelle hypocrisie.
On le sait depuis la nuit des temps, l’homme est conduit par sa bite. C’est un fait, indéniable.
Ils nous matent, nous sifflent, nous draguent, nous veulent. Dans leur lit, entre leurs jambes, dans toutes les positions. Ils aiment nous exhiber, faire saliver leurs copains, nous exposer comme leur trophée. Nous baiser.
C’est moche. C’est immonde. C’est dégueulasse. Ou pas. 
Et la femme, pendant ce temps-là se lamente, peste et pleure.
Mais elle s’agrippe à lui comme à sa barre de pole dance!
La femme s’accroche à son porc aussi passionnément que l’homme à sa queue. Joli tableau.
Pauvres de nous. Petites créatures fragiles et sans défenses. Vite, cachons-nous derrière le j’en-peux-rien-toutes-les-femmes-sont-masos.
C’est marrant de voir combien la femme est sélective. Elle est très forte pour crier au scandale. A raison. Trop de situations sont injustes. L’inégalité des salaires ici, l’inégalité des libertés là-bas.
Ces combats-là sont JUSTES. Mais pourquoi diable alors recroquevillons-nous à la première manifestation débile/virile d’un mâle en rut ?
C’est pas nous qui montrons nos nichons à chaque manifestation ? Ah là on est forte. On exhibe mais toi le porc, pas touche surtout!
Je me perds.
Revenons-en à tous ces hommes qui sont (presque) tous des ordures…
Et nous les femmes ?
Qu’est-ce qu’on aime chez les hommes ?
Leur petit cœur de beurre tout mou tout doux ? Bullshit ! Leur attachement à leur maman ? Des clous ! Leur petit boulot de merde qui leur permet d’être de retour à la maison pour le goûter des enfants? Mon cul !
On aime leur puissance, leur « aura », leur virilité, leur ambition, leur valeur.
Non ma chérie pas ces valeurs-là, l’autre. La bankable, la sonnante et trébuchante.
On veut des hommes puissants. On les chasse "les blindés", on les traque, on les emballe et s'il nous jette, on les dépèce sur la place publique. S'il nous garde, on joue le jeu, on remplit notre part du deal, on leur donne à bouffer, perchée sur nos talons aiguilles. A qui la faute? L'oeuf ou la poule? 
Bien-sûr qu’aucune de nous ne le reconnaîtra, c’est tellement plus croquignolet de se cacher derrière l’adage qui veut que la femme a, dans ses gênes, un besoin irrépressible de sécurité. 
Tu ne crois pas que c'est difficile à vivre aussi ça pour eux? Perso, je n'aimerais pas être à leur place. Aussi peu qu'à la nôtre en fait.   
Nous sommes tous égaux. Nous sommes tous des êtres, pathétiquement, imparfaits. Mais on essaye de vivre ensemble.
Alors si toi, tu balances ton porc, à eux l'entière liberté de balancer leur bitch.
Je te garantis un match nul. Bien bien nul. 
#Lemondepartencouille

mardi 17 octobre 2017

L'art contemporain, je ne peux plus le voir en peinture!



Les expositions d'art contemporain restent incompréhensibles pour les non initiés. Mais cet élitisme bourgeois masque en réalité la vacuité d'un art creux sous emballage marketing.


L’art contemporain peut susciter le scepticisme d’un public non avertit. Toute forme d’objet peut devenir artistique si le monde de l’art nous le présente comme tel. La créativité n’exprime plus rien et l’art contemporain semble se contenter d’un nombrilisme superficiel. Deux universitaires, Alain Troyas et Valérie Arrault, analysent ce phénomène dans le livre Du narcissisme de l’art contemporain.

« Et souvent, n’importe quoi se fait avec pas grand-chose et même presque rien et il arrive que ce soit rien du tout, et même avec moins que rien », ironisent Alain Troyas et Valérie Arrault. Le monde de l’art se veut tolérant et refuse toute forme de critères de jugement ni même la moindre critique. Le modèle fordiste, paternaliste et autoritaire, est remplacé. Après la contestation des années 1968, Eve Chiapello et Luc Boltanski observent l’émergence d’un Nouvel esprit du capitalisme. Une société ouverte, flexible, mobile et permissive est valorisée.

L’art se conforme à cette évolution du capitalisme. N’importe quel objet ennuyeux ou insipide peut être présenté comme artistique à travers la rhétorique du marketing culturel à coups de textes, de théories et de publicité.

Vide et banalité


L’art minimaliste et conceptuel s’est imposé. Cette culture du vide délaisse les vieux idéaux pour valoriser les caprices et l’égotisme. Un art détaché du monde congédie les vieilles avant-gardes artistiques, notamment les surréalistes. « Du point de vue culturel, il était inéluctable que dans ce climat général d’inquiétude et de dépression, de déboires et de peur, on se détournât des engagements collectifs liés aux utopies rationalistes et de leurs missionnaires en voie de faillite accélérée dans le monde de l’art », décrivent Alain Troyas et Valérie Arrault. Les utopies et les conflits sont alors congédiés par les artistes.

L’art contemporain valorise la banalité. Les actes du quotidien ne s’inscrivent pas dans un sens collectif ou historique. Ils sont ramenés à leur superficialité prosaïque. L’art valorise le narcissisme qui « ne se caractérise pas par des images grandioses ou agressives comme défense contre l’anxiété ou la culpabilité de n’être point conforme au modèle imposé par le pouvoir social, mais par l’introjection du neutre et de l’anodin », déplorent Alain Troyas et Valérie Arrault.


Fluxus et le pop art se développent après la seconde guerre mondiale. Cette créativité ludique se distingue du mouvement Dada qui émerge au début du siècle. Pour l’art contemporain les grandes utopies sont dépassées. L’ordinaire, le futile et l’insignifiant sont au contraire valorisés. « Signes vides d’idéaux utopiques, ils ne renvoient qu’à la marchandise et au statut social », analysent Alain Troyas et Valérie Arrault.

Les objets du pop art ne disent pas plus que les objets qu’ils représentent. Planche de palissade, boîte de conserve, bouteilles de Coca-Cola, drapeau états-unien, publicités deviennent des œuvres d’art. Les déchets de la société de consommation sont les sources d’inspiration. « Pas de politique, pas d’idéal, pas de jugement de valeur sur quoi que ce soit », observent Alain Troyas et Valérie Arrault. L’art se contente d’une auto-satisfaction sans recherche d’originalité.

Le pop art émerge dans le contexte de la contestation des années 1968 mais aussi des luttes afro-américaines. Mais cette dimension politique reste évacuée. « Le pop art, c’est le rêve américain aux hormones, aseptisé et castré, refoulant la face sombre et fragmentée des conflits de classe qui menancent l’ordre marchand », soulignent Alain Troyas et Valérie Arrault.

Absurdité et vulgarité


Dada et le surréalisme se distinguent de l’art contemporain. Leur utilisation de l’absurde vise à dynamiter les valeurs de l’ordre social. Le non-sens et la fantaisie alimente la créativité artistique. Ces mouvements « étaient animés par cette volonté de libérer les tabous sur l’amour et la politique, tels que l’administraient les dominants », analysent Alain Troyas et Valérie Arrault. L’absurde permet de détruire l’idéologie et les intérêts des capitalistes. L’absurde démasque les hypocrisies et les censures qui répriment les désirs. Au contraire, l’absurdité de l’art contemporain se soumet à la logique du capitalisme libéral.

Les artistes valorisent désormais l’absurde pour son insignifiance et son absence d’enjeu. Ils n’attaquent plus l’ordre capitaliste mais se contentent de simples jeux de mots, d’improbabilités sémantiques et d’histoires sans finalité.

L’art contemporain valorise l’exhibitionnisme et la nudité. Mais cette spectacularisation de l’intime permet de masquer la décadence de la politique. Le narcissisme et le voyeurisme priment sur la pudeur. Les émissions de télé-réalité comme Loft storyConfessions intimes ou L’île de la tentation montrent la vie amoureuse et sexuelle d’inconnus. L’art contemporain valorise également le déchet, le scatologique et le morbide.

Critique de l’art contemporain


Le livre d’Alain Troyas et Valérie Arrault permet de décortiquer l’imposture de l’art contemporain. Le culte de la subjectivité permet de masquer le vide de cette culture avant tout destinée à la bourgeoisie. La découverte de galeries d’art laisse très souvent un goût amer. C’est l’entre soi culturel qui s’admire lui-même. C’est un petit monde avec ses propres codes indéchiffrables pour le commun des mortels, un élitisme auto-centrée et superficiel.

Mais Alain Troyas et Valérie Arrault tente de se démarquer de la critique réactionnaire de l’art contemporain. Pour cela, la critique s’attache à restituer le contexte historique du capitalisme libéral. Mais les universitaires s’attachent davantage à des élucubrations freudiennes plutôt qu’à développer une analyse de classe. Il semble important de préciser que l’art contemporain demeure un important marché et que ses produits restent avant tout destinés à la bourgeoisie cultivée.
C’est sans doute ce qui permet d’expliquer la médiocrité des artistes. Cette classe sociale vit dans un confort bourgeois et ne subit pas de problèmes sociaux. Les artistes et leur public peuvent alors difficilement se révolter contre un ordre social qui les valorise. La transgression ne peut être que superficielle et uniquement esthétique. Au contraire, la bohème artistique et notamment le mouvement Dada subissent bien souvent la misère et vivent souvent dans les quartiers ouvriers. Leur transgression vise logiquement à attaquer l’ordre capitaliste et dépasse la simple démarche esthétique.

Alain Troyas et Valérie Arrault peuvent glisser dans la fange réactionnaire à travers leur référence constante à la culture « libérale libertaire ». Le terme est inventé par le stalinien Michel Clouscard et repris par des idéologues réactionnaires comme Jean-Claude Michéa. L’expression peut effectivement désigner la culture de cette bourgeoisie et petite bourgeoisie intellectuelle qui colonise les centres urbains. Mais le « libéralisme libertaire », tout comme la dénonciation du « narcissisme » peut également permettre de dénoncer les libertés individuelles pour mieux défendre les valeurs traditionnelles : travail, famille, patrie.
Alain Troyas et Valérie Arrault tiennent à se démarquer de tout retour vers un passé idéalisé avec le modèle du chevalet et de l’art traditionnel. L’apologie des contraintes, de l’ordre, des limites contre la révolte libertaire des années 1968 peut alimenter l’ambiguïté. Il semble important de valoriser la créativité artistique et de lui donner un sens politique. Le mouvement Dada a permis de dynamiter les carcans de l’ordre moral pour s’inscrire dans une utopie révolutionnaire. Cette démarche ludique et politique doit se réactiver.

Source : Alain Troyas et Valérie Arrault, Du narcissisme de l’art contemporain, L’échappée, 2017

samedi 9 septembre 2017



Bouleversée.
Je suis sens dessus dessous ce soir. Retournée. Chamboulée. Transpercée.
A en avoir la nausée.
Seules les histoires ont ce pouvoir-là sur moi. Pas la vie « pour de vrai ».
Non, dans la vraie vie,  je suis bien plus forte, plus résistante, toujours prête à bondir. Parce que, dans la vraie vie, j’anticipe. Tout. Même les catastrophes qui n’arrivent jamais. Je les attends. Je suis aux aguets, en alerte continue, prête à me défendre. A contre attaquer.
Evidemment qu'il m’est déjà  arrivé de craquer mais, à l’intérieur. Jamais à l’extérieur. Façade immaculée oblige ! 
Par dignité sans doute. Par fierté aussi. Par éducation, par peur de décevoir, par trouille d’apitoyer…Par (affolante) hantise de ne plus être aimée surtout !
Alors, Il a fallu crâner, feindre des forces inexistantes, s’inventer un personnage.

Ce soir, fatiguée, mes gardes se sont baissées. C’est toujours comme ça, quand je substitue ma vie à celle d’un roman ou d’un film, mes digues se fissurent de toute part. Je n’aime pas l’effet de surprise.
Je n’étais pas préparée à ce raz de marée.  

Concrètement, je viens de terminer le film « De rouille et d’os » de Jacques Audiard.
J’en pleure.
De rage, de délivrance, d’empathie, de compréhension, d’immense colère.
Je n’ai pas aimé. Du tout.
Je déteste tout ce qui est glauque. Je hais la misère humaine. Je vomis la violence, la vulgarité, la crasse, la pauvreté.
En vérité, j’exècre tout ce qui me fait peur. Trop empathique, je ne sais que faire de toute cette dégoulinante souffrance. Mis à part l’absorber. La prendre, une nouvelle fois, sur moi. Une couche de sale-de moche-de gris-de trop.

Je n’ai pas aimé regarder cette histoire en face. Cette femme qui perd accidentellement ses deux jambes et qui se retrouve seule, face à elle-même. A ce qu’il en reste du moins.
Cette histoire m’a dégoutée. Sans crier gare, elle m’a remballée la mienne, en pleine figure.

Perdre deux jambes c’est comme perdre deux seins, en plus grave.
On parle de mutilation, d’amputation, d’ablation.
Imaginez deux guiboles dans un vulgaire sac poubelle. C’est bien comme ça que ça se passe, pas autrement ! Il ne faut pas se voiler la face.
La veille, on les caresse une dernière fois, on leur parle d’amour, on leur dit merci. Merci d’avoir donné du plaisir. Merci d’avoir séduit. Merci d’avoir servi ! Mais il est temps pour eux d’aller se faire foutre, ce qu’il reste va encore  rester un petit peu mais vous deux-là, c’est fini ! Aux ordures.
J’ai vécu ça comme une trahison de ma part. D’une crapuleuse lâcheté. Tout ce qui n’est plus apte au service doit dégager ici et maintenant, pour permettre, au reste, de continuer encore un petit peu. Ou pas. Mais ils n’en peuvent rien, eux non plus, d’avoir été bouffés par un orque ou attaqués par une tumeur. 
Imaginez une paire de seins, d’ovaires, un utérus dans un sac plastique jaune estampillé « Clinical waste ». Imaginez-le juste à côté de vous qui ne savez déjà plus bouger. Corsetée à ne plus savoir même vous lever. Dépecée à vie.

Croyez-moi, c’est très difficile a accepter.

« Il ne faut pas s’inquiéter » nous dit-on, « y en a tellement d’autres qui traversent la même épreuve que vous ».

Ça veut dire quoi ? Qu’on va devoir écrémer les centres pour handicapés pour se trouver une nouvelle vie? On en avait une avant d’être découpées en morceaux. On plaisait aux autres. On avait une image à entretenir. Des hommes à séduire. Ceux-là même qui veulent pétrir des seins, du cul, ils ne méritent pas, pensent-ils, d’avoir une femme en lambeaux dans leur lit.

« Rassurez-vous vous aller apprendre à vivre avec ».

AVEC QUOI ? Une partie de soi? Mais on n’était pas en guerre.
Tout ça c’est du mensonge. Ce n’est pas comme ça que ça marche et le film le raconte, atrocement, bien. Il ne s’agit pas d’une bataille d’égo-à-égo. Non, dans la vie « pour de vrai », c’est un duel sanglant entre les autres (et leur regard) et sa toute petite personne qui, entre nous soit dit, représente quand même le centre névralgique de toute individualité. C’est pas rien.

Je suis en colère. 4 ans après.
Un film et tout remonte. Toute la merde refait surface.
On nous ment.
On nous dit que personne ne peut nous sauver si ce n’est nous-même. BULLSHIT !
C’est faux et archi faux. Ce sont les autres (et leur regard) justement qui détiennent la clé. Ceux qu’on aime. C’est justement ceux qui veulent pétrir-des seins-du cul-pas une partie de- qui ont notre salut entre leurs mains. Arrêtons ce jeu de faux-cul bien-pensants.
Le Dalaï-lama peut aller se toucher.
Bien-sûr que certains déguerpiront. Mais il faut garder la tête haute et, surtout, surtout conserver les mêmes exigences. Entretenir cette soif d’amour absolu qui était la nôtre. Ne jamais se contenter des miettes. Nous ne sommes pas des mendiantes.

Ce n’est pas parce que nous avons perdu une partie de notre féminité que nous devons nous contenter d’amour ésotérique de missionnaires dépressifs à califourchon sur leur 3ème lune. 
Même pas en rêve !

Nous restons faites de chair et d’os.
Et de rouille aussi.
Merci Audiard !

Merci mon Amour!

 

vendredi 8 septembre 2017

Un peu de légèreté Bon Dieu !

En tant que fille désespérément ordinaire, parfois je m’égare. Je me perds même.
Ce soir je me suis carrément semée : j’ai été sur « aufeminin.com » faire des tests.
Ah !
Yep !
Je ne m’excuserai pas. Pas là non
La connerie étant universelle, …
Bref !
Résultats : D’une banalité accablante. QI dans la moyenne, QE qui frôle la psychose, Q qui…
Bref !
Soirée de merde.
Sauf que !

Sauf que le dernier test a su me révéler ma vraie personnalité. Il m’a scotché de vérité.
Je vous le conseille à toutes. Criant de vérité, il est pourtant très simple a réaliser. 
Il fallait simplement rattacher l’initiale de son prénom à une liste d’animaux pour découvrir son équivalence.  Même chose avec la première lettre de son nom de famille pour accoler à cette correspondance animal, un petit adjectif qualificatif.

D’après laconnasse.com, j’allais enfin, en accouplant ces deux petits mots, 
découvrir mon vrai moi. Comme un car wash, intérieur/extérieur. 

J’ai donc cliqué le S pour Sophie et le V pour van Kan.

Abracadabra ! Je suis…

Je suis…

Un bourdon coquette

C’est vrai que j’aime plaire par ma mise, j’ai le goût de la toilette, de la parure.

Et puis le bourdon-là,  cette grosse abeille velue…

Touchée en plein dans le miel Irma. Merci.


jeudi 7 septembre 2017


L’aptitude à être seul est-elle l’expression d’une inadaptation au monde ou d’une réalisation de soi ?


Personnellement, je dirais que la solitude permet la réalisation d'un monde adapté à soi.  

Bobin parle, de manière très intéressante, de sa matérialité. Avant même d’être un état mental ou affectif, la solitude, dit-il, est une matière. Par exemple, c’est exactement la matière que j’ai sous les yeux en ce moment-même. Il est 2 heures du matin, c’est l’obscurité la plus totale. Le ciel est tout noir et il y a du silence – c’est très matériel aussi le silence, une petite maison dans laquelle je vis, des cigarettes que je ne peux pas m’empêcher de fumer, des livres que je ne peux pas m’empêcher d’ouvrir, des carnets que je ne peux me passer de griffonner et surtout une curiosité, entendez par là un besoin irrépressible de savoirs et de connaissances que je ne peux m'empêcher d'assouvir. Au fond, de manière étrange, c’est très vite peuplé la solitude. La solitude c’est d’abord ça: un état matériel.


La solitude est une grâce que beaucoup vivent autrement. Par ignorance ou par confusion. Car il existe deux types de solitude. Une mauvaise solitude. Une solitude noire, pesante. Une solitude d’abandon. Cette solitude-là n’est pas celle que je ressens. Ce n’est pas celle que j’habite, et ce n’est pas dans celle-là que j’aime aller, même s’il m’est arrivée comme tout un chacun de la connaître. C’est l’autre solitude que j’aime. C’est l’autre solitude que je fréquente, et c’est de cette autre dont je parle presque en amoureuse.


Je crois que pour vivre, parce qu’on peut passer cette vie sans vivre, et c’est un état sans doute pire que la mort, il faut avoir été regardé au moins une fois, avoir été aimé au moins une fois, avoir été porté au moins une fois. Et après, quand cette chose-là a été donnée, on peut être seul. La solitude n’est plus jamais mauvaise. Même si on ne nous porte plus, même si on ne nous aime plus, même si on ne nous regarde plus, ce qui a été donné, vraiment donné, une fois, l’a été pour toujours. A ce moment-là, rajoute Bobin, on peut aller vers la solitude comme une hirondelle peut aller vers le plein ciel.

Cette solitude-là ne connaît pas l’isolement. Je ne crois pas être une barbare, mais il est vrai que j’ai une certaine sauvagerie : je peux, et j’aime, rester des heures et des jours entiers en ne voyant personne. Or, je ressens la plupart de ces heures et de ces jours-là comme des heures et des jours de plénitude où je m’éprouve comme reliée à, exactement, tout !

Vivre dans la solitude est un luxe immense. Les autres se méprennent sur sa signification. Ma solitude n’est pas une peur, ni un refuge. Elle n'est pas égoïste non plus. Je serais malhonnête si je parlais de solitude en faisant l’impasse sur ce besoin animal de se retirer, d’éviter la rencontre. De préserver quelque chose. Si elle n’était pas contrebalancée par autre chose, on irait sans doute vers une ligne de fuite autiste. Je ne suis pas autiste. Simplement, je suis reliée autrement. Je suis reliée autrement que par les liens consacrés, les liens de plein jour, les liens officiels. 

Pour beaucoup, l’état de solitude est lié à cette chose effrayante qu’est l’ennui. 
Pour moi, l'état d'ennui est lié à cette chose effrayante qu'est l'autrui.
Celui que je n'ai pas choisi. 

La solitude est ma plus grande liberté.  





samedi 2 septembre 2017

L. de Isabelle Sorente

A tous les drogués...

Non.

Non, je ne reviendrai pas. Je ne reviendrai plus. Ma colère est immense et je pourrais cavaler trois fois derrière mon ombre tout autour de cette planète, cela ne me calmerait pas et ne servirait à rien, puisqu'il n'y a plus de fuite possible, qu'il n'y a plus de terres inconnues à découvrir, bref plus de retraite, plus de refuge contre tous ces produits de toutes sortes, toute cette merde qu'il faut avaler, et avaler sans cesse, et avec le sourire encore. Non, je refuse de contribuer plus longtemps à propager le mal, c'est fini, bien fini, je cesse de produire, je cesse de consommer, mais puisqu'il est impossible de fuir je vais rester ici. Je vais rester ici et couper le téléphone, la télévision, brûler les livres que j'ai lus, brûler surtout ceux que je préfère, brûler ce que j'ai écrit, brûler mes dernières pensées, brûler mes vêtements, brûler les journaux, jeter tous les restes de bouffe périmée qui encombrent encore le frigo dans un dernier sac poubelle, et puis je finirai par effacer les messages que je t'ai envoyés, effacer ceux que tu m'as écrits et je débrancherai enfin ce putain d'ordinateur et si je ne suis pas déjà morte de faim, j'allumerai un grand feu de joie, alors, enfin, je serai libre.

Ne me regrette pas quand je serai morte, mon vieux porc. Garde plutôt tes forces pour essayer de bander. Et ça y est, voilà que mon esprit s'emballe à l'évocation de nos petites séances et de tes belles mains, allongées et élégantes, dont tu te servais comme des battoirs, il faut bien le dire, quand l'envie te prenait de me donner une correction. Dieu sait que je les méritais et que je les appréciais à leur juste valeur!
Mon pauvre chéri, vous deveniez sentimental ces derniers temps. Voilà pourquoi je ne peux m'empêcher de penser que vous aviez, même si vous vous efforciez de me le cacher, quelques problèmes, disons de turgescence. Ah! les hommes sentimentaux! Si ce n'est pas un signe ça! Un signe de quoi? Mais justement mon chien, mon maître, mon fou, mon Autre. Un signe des temps.

Un signe de L.
L, la ligne. De régime, de coke, de chemin de fer, de conduite, de carrière, de vêtements, de produits, de voitures. La somme, la gamme, la séparatrice. La ligne droite, la ligne à atteindre. L la féminine, la fractale, la terrifiante mégamère, la reine structure, notre impératrice mère de plastique. Lorsqu'on parle d'L, ce n'est rien de dire société. Il faut dire fourmilière. Et encore. 

J'aurais eu trente ans. Mais je suis née d'L. Je suis de la génération sous L. Je suis de la génération que l'on émascule à la naissance, de la génération des enfants rois, des enfants objets, des enfants produits, des enfants drogués, des drogués permanents qui arpentent chaque jour les rues de la ville pour consommer le régime suivant, le téléphone suivant, le boulot suivant, le vêtement suivant, le corps suivant. je suis de la génération dont la peau à moins de prix que l'habit. Je suis de la génération sous L, insensibilisée par L, banalisée par L, dont la peau ne ressent plus rien, dont la peau a été rendue à jamais imperméable à l'Autre, à jamais fermée à la caresse de l'Autre. je suis de la génération des homosexuels qu'on nous fait croire gais parce que nos larmes sont mortes. Je suis de la génération des impuissants. 

Pour nous, l'amour est une aberration, un accident. Nous ne savons même pas de quoi il s'agit. Non je n'en ai aucune idée. Je sais juste que rien de ce que l'on nous en dit n'est vrai, que rien de ce que l'on nous dit de notre corps ne nous parle de notre corps parce que tout parle d'L. Je sais juste que mes yeux sont incapables de voir. 

L'amour. 

La jouissance du manque





mercredi 30 août 2017

Je t'aime. Moi non plus.


Mes démons s’en vont.
Sensation étrange que de les voir s’enfuir. L’un après l’autre, ils s’évaporent.
J’essaye de les retenir pourtant. Parfois.
Pas tout le temps.
Ils étaient ma création, mon inspiration.
Partis, ils me laissent une feuille blanche.
Où tout est à réécrire. Autrement. Plus sereinement.
Oui plus sereinement. Mais…
Mais je ne sais pas.
Cette petite douleur exquise quand même.
Mes nuits blanches.
Ils étaient ma jeunesse intrépide
Ma soif d’absolu.
Deux petits bouts qui brûlaient ma vie
Intensément.
Ils me manquent. Parfois. Je crois.
Je ne sais pas. 

samedi 12 août 2017

L'absence




Il y a des nuits terribles Maman. Comme celle-ci.
Ou je t'écoute en boucle.
Ta voix,
Mes souhaits,
Mes démons,
Tes excès,
Repeat. 
Une dernière fois,
Jusqu'à me vider,
Replay
J'ai peur d'y rester.
Once again.
Touchée en plein cœur.
Ton image se meurt,
Reste l’écho de tes mots
J'essaye de lire ce que tu ne diras jamais plus. 
Tu m'inondes.
Mes yeux se noient,
Je m’essouffle.
I want to be there.
I want us to be there.
Beside the lac,
Beneath the moon.
Le sourire triste, l’espoir altéré,
Tu ne joues plus, tu m’effleures.
Hopeless night.